Les photos ne sont pas les seuls objets autour desquels gravitent des croyances tenaces. Miroirs, chaussures, lettres, bijoux offerts par un ex… Beaucoup d’objets du quotidien traînent dans nos tiroirs non pas parce qu’on en a besoin, mais parce qu’on n’ose pas s’en séparer. D’où viennent ces résistances, et que disent-elles de nous ?
Pourquoi certains objets semblent impossibles à jeter ?
La psychologie cognitive a un nom pour ce phénomène : l’effet de dotation. Une fois qu’un objet nous appartient — ou qu’il a été en contact avec une personne importante — nous lui attribuons une valeur bien supérieure à sa valeur objective. Le jeter, c’est symboliquement perdre quelque chose qui nous constitue.
Les objets ayant appartenu à un défunt sont particulièrement concernés. Garder la montre de son père, le foulard de sa grand-mère, c’est maintenir une présence tangible. La plupart des cultures ont développé des rituels autour de ces transmissions — et autour de l’idée que mal traiter ces objets pourrait offenser le disparu ou attirer son mécontentement.
Pour les objets liés à des personnes vivantes, les croyances sont différentes. Les cadeaux d’un ex, les bijoux reçus lors d’une période douloureuse, les photos d’une relation terminée — les garder, c’est parfois maintenir un lien invisible qui empêche d’avancer. Se défaire de ces objets peut être un acte de libération, pas de trahison.
Les superstitions les plus répandues autour des objets
Certaines croyances populaires sont si intégrées qu’elles semblent relever du bon sens. Casser un miroir porterait sept ans de malheur — une superstition qui remonterait à l’Antiquité, à l’époque où les miroirs étaient rares et coûteux, et où l’image réfléchie était perçue comme un double de l’âme. Offrir un couteau serait une façon de « couper » une relation — d’où la tradition de glisser une pièce dans la main du destinataire pour symboliquement « acheter » l’objet.
D’autres superstitions touchent directement aux photos et aux représentations : ne pas photographier une mariée seule (mauvais augure pour le couple), ne pas garder de photos de personnes décédées exposées en permanence (peur d’attirer la mort), éviter les photos de groupe où le nombre de personnes est pair dans certaines traditions slaves. Ces croyances varient considérablement d’une culture à l’autre — ce qui montre bien qu’elles reflètent des constructions culturelles, pas des vérités universelles.
En France, une enquête Ipsos de 2019 indiquait que 27 % des Français se déclaraient superstitieux, et que les femmes l’étaient significativement plus que les hommes. La superstition reste donc un phénomène bien présent, même dans une société qui se perçoit comme rationnelle.
Jeter des photos porte-t-il malheur ? Ce que disent les cultures et la psychologie
Trier ses objets personnels : une démarche psychologique… autant que pratique !
Les méthodes de désencombrement comme celle popularisée par Marie Kondo reposent sur une idée simple : ne garder que ce qui « fait étincelle » — ce qui procure une émotion positive quand on le tient en main. Cette approche contourne habilement les blocages superstitieux : on ne se demande pas si l’objet porte chance ou malheur, mais si sa présence dans notre vie nous fait du bien aujourd’hui.
Pour les objets émotionnellement chargés — photos, lettres, cadeaux — une étape intermédiaire peut aider. Numériser, photographier, écrire ce que l’objet représente pour vous avant de vous en séparer. Ce rituel de « transfert symbolique » permet de préserver le souvenir tout en libérant l’espace physique et mental que l’objet occupait.
Se débarrasser d’un objet avec intention — en reconnaissant ce qu’il a représenté, en lui « disant au revoir » consciemment — réduit significativement le sentiment de culpabilité ou d’anxiété qui accompagne parfois ces gestes. Ce n’est pas de la superstition : c’est simplement prendre soin de soi.

